Certaines personnes ont recours aux drogues pour s’amuser. Toutefois, les drogues peuvent nuire au jugement, à la pensée critique et au bon sens de ceux et celles qui en prennent. Dans les contextes sexuels, la consommation de substances illicites peut favoriser les relations non protégées et, ainsi, la propagation du VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS).
Chez les hommes, la consommation de certaines substances – alcool, cocaïne, ecstasy et marijuana, entre autres — peut réduire leur capacité à obtenir et maintenir une érection. Par conséquent, certains hommes prennent à la fois des drogues et des médicaments contre l’impuissance (également appelée dysfonction érectile ou DE). En voici quelques exemples :
- sildénafil (Viagra)
- tadalafil (Cialis)
- vardénafil (Levitra)
Des chercheurs de Sydney, en Australie, ont mené une étude sur la relation entre drogues illicites, médicaments contre la DE, comportements sexuels et transmission du VIH. Leur recherche pourrait mener à la découverte de nouveaux moyens d’aider les hommes gais à vivre de façon sécuritaire et en bonne santé.
Étude HIM
Les chercheurs australiens ont recruté des hommes sexuellement actifs pour une étude appelée Health In Men (HIM). Au moment de leur admission, tous les participants étaient séronégatifs. Tous les six mois, les chercheurs les interviewaient de manière exhaustive sur leurs activités sexuelles et leur consommation de drogues. Les participants subissaient également un test de dépistage du VIH chaque année.
Le recrutement pour cette étude a débuté en juillet 2001 et s’est poursuivi jusqu’en juin 2004. Les chercheurs ont recueilli des données sur 1 427 hommes, et l’analyse de celles-ci se poursuit. Au moment de leur admission à l’étude, les hommes avaient le profil moyen suivant :
- âge – 37 ans
- 52 % avaient fait des études universitaires
- 80 % avaient consommé des drogues illicites au cours des six mois précédents
- 21 % avaient pris des médicaments contre la dysfonction érectile
Résultats
Au total, 53 hommes ont contracté le VIH au cours de l’étude. Ils avaient en moyenne 37 ans.
Selon les chercheurs, 621 hommes disaient avoir eu des rapports sexuels anaux protégés et non protégés avec des partenaires passagers au cours des six mois précédents. Environ 50 % de ces hommes avouaient avoir pris des drogues illicites. Prenant en compte de nombreux facteurs, les chercheurs ont conclu que le recours à des médicaments contre la dysfonction érectile augmentait les risques de transmission du VIH.
Chez les consommateurs de substances comme le nitrite de pentyle (poppers) ou le crystal meth, les risques de se faire infecter par le VIH augmentaient considérablement s’ils prenaient également des médicaments contre la dysfonction érectile. Cela pourrait être dû au fait que de nombreux hommes gais et bisexuels utilisent en combinaison des drogues et des médicaments contre la DE pour « faciliter l’activité sexuelle dans les contextes sexuels intenses (sex partying contexts). »
La recherche du plaisir
Selon cette équipe de chercheurs, certains hommes gais qu’ils qualifient de « sexuellement aventureux » courent tellement après le plaisir qu’ils sont prêts à entreprendre des activités à risque élevé telles que la prise de substances illicites et les rapports anaux non protégés. De plus, dans un tel contexte, certains hommes ont recours à des médicaments contre la DE aussi.
D’autres études avaient permis de constater que la prise de crystal meth et de médicaments contre la DE poussait certains hommes à participer à des « marathons sexuels ». Les rapports sexuels prolongés peuvent causer la rupture des condoms et endommager les tissus du pénis ou de l’anus, augmentant ainsi les risques de contracter ou de transmettre le VIH. Ainsi, il est possible que certains participants à l’étude australienne dont nous parlons ici étaient capables de faire durer très longtemps leurs relations sexuelles grâce aux drogues et aux médicaments contre la DE, d’où l’accroissement des risques d’infection par le VIH chez ces derniers.
L’importance du contexte
L’équipe australienne fait valoir que pour mieux comprendre les risques de transmission du VIH, il est important de connaître le contexte dans lequel les drogues sont consommées. Les chercheurs ajoutent que le simple fait d’affirmer que les drogues nuisent au jugement n’explique que partiellement l’impact de celles-ci sur les risques de transmission. Les liens entre la consommation de drogues et les comportements à risque sont complexes, disent-ils. Des chercheurs australiens et d’autres pays ont par exemple trouvé que de nombreux hommes prennent de la drogue pour faciliter leurs connexions sociales et sexuelles avec d’autres hommes. En combinant drogues illicites et médicaments contre la dysfonction érectile, ces hommes cherchent à rehausser leur performance sexuelle et à accroître leur plaisir afin d’intégrer des « subcultures gaies plus aventureuses sur le plan sexuel. »
L’avenir
Préoccupée par la fréquence de la consommation de drogues et de médicaments contre la DE dans la communauté gaie et bisexuelle, cette équipe australienne a soulevé plusieurs questions qui ont besoin d’être étudiées en profondeur :
- « Quels sont les facteurs spécifiques, biologiques ou autres, qui expliquent le lien entre la prise de médicaments contre la dysfonction érectile et l’augmentation du risque d’infection par le VIH? »
- « Quel rôle les drogues illicites jouent-elles dans la pratique d’activités sexuelles spécifiques dans les contextes sexuels intenses ? »
- « De quelle façon le nitrite pentyle et les médicaments contre la dysfonction érectile sont-ils utilisés par les hommes gais? »
L’exploration de ces questions devrait jeter une lumière sur les comportements de certains hommes gais et bisexuels. La connaissance ainsi acquise pourrait ensuite aider ces hommes à réduire leurs risques à l’égard du VIH et à vivre en meilleure santé.
—Sean R. Hosein
RÉFÉRENCE :
Prestage G, Jin F, Kippax S, et al. Use of illicit drugs and erectile dysfunction medications and subsequent HIV infection among gay men in Sydney, Australia. Journal of Sexual Medicine. 2009 Aug;6(8):2311-20.
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